Cela faisait plusieurs années que nous l’attendions, elle est enfin arrivée : la dernière galette de chez Oghan Recordz, nouvelle bombe sonique lâchée dans le paysage musical Yvelinois, ilôt créatif par ailleurs tant envié Outre-Atlantique.
A la première écoute, on sait d’emblée que “Meet the Fritzls” est un album important. Par son impact médiatique et artistique, mais surtout par sa portée politique, il remet en cause sans catastrophisme les canons du genre. C’est “l’Album parfait”, le témoin d’une intelligence artistique sans équivalent, la fresque d’une vie à la quête de la perfection.
D’un point de vue strictement musical, cet EP semble défier toutes les lois de la gravité. Tantôt downtempo, tantôt hardcore, flirtant avec l’abstract hip-hop et le chill-out, Biff Tannen vous prend par la main et vous transporte dans l’intimité de son petit paradis avec le titre estival “Vacances en Thaïlande”, qui vous fait visiter des contrées inexplorées depuis votre salon. Citons également “Outro”, véritable joyau sonore qui semble vous susurrer à l’oreille “Moi aussi, je t’aime” et dont il y a fort à parier que vous ne vous lasserez pas avant un bon moment.
C’est un album empli de poésie, et, pour qui prend le temps de lire entre les lignes, qui fait référence à de nombreux courants philosophiques du XVIIIème et XIXème siècle : Nietzsche et Proudhon mais aussi Marx, Hegel et surtout un autre Josef d’Outre-Rhin, Goebbels celui-ci.
Dans ce nouvel opus, Biff prend des risques, expérimente, découpe, cisaille, lacère, modèle le son pour notre plus grand bonheur. Doté d’un sens du sampling incomparable, il se joue du tempo comme personne et esquive les clichés du genre avec aisance. “Meet the Fritzls“ remet de l’ordre dans le petit monde de la production musicale, prouvant ici avec élégance que la scène new-yorkaise est bien faible, la west-coast est un gag, Atlanta une erreur.
Parcours initiatique qui nous renvoie à nos pensées les plus intimes, à la nostalgie de l’enfance et, comme aurait dit Françoise Dolto, à l’insouciance du stade oral, ce “conte” musical chamboule nos émotions et éveille nos sens. Les pensées d’adultes se mêlent aux rêves d’enfants, et l’on se surprend la main sur la cuisse de son jeune voisin consentant en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
Mais certains titres s’adressent sans détour à l’être errant qui est en nous, rappelant tour à tour la chaleur d’un père responsable, la tendresse d’un oncle proche, la force d’un tuteur qui vous aide à devenir homme.
Il est vrai que l’on ressort grandit de l’écoute de “Meet the Fritzls”.
Demeure une question pour les observateurs qui voient Biff évoluer dans cet univers avec un flegme et une maîtrise que lui envient bien des britanniques : Qui choisira-t’il pour le prochain featuring ?
En attendant impatiemment une réponse, les fans les plus fidèles auront peut-être déjà eu le plaisir de découvrir l’import Japonais qui comprend une version Allemande du dansant “Moments magiques”, mais vous trouverez la version officielle de “Meet the Fritzls” chez votre disquaire préféré si son stock n’est pas déjà épuisé.
Oghan Recordz peut se targuer d’avoir en son sein un des producteurs hip-hop à la plume et l’oreille aiguisées, un des DJ les plus créatifs du moment, qui renouvelle le genre sans jamais tomber dans la facilité.
“The Great Biff” comme ses pairs le surnomment déjà, signe là-encore une œuvre majeure d’une classe incomparable, un chef d’œuvre intemporel pour les grands comme les petits.
Philippe Manoeuvrian.

